Nouvelle étude sur le TDAH : comprendre les effets des traitements pour mieux accompagner les élèves

médicaments de Ritaline méthylphénidate
Photo : Ian Barbour CC BY-SA 2.0

Depuis des décennies, les psychostimulants occupent une place importante dans la prise en charge du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, plus connu sous l’acronyme TDAH. Une étude récente publiée dans la revue Cell vient toutefois décaler certaines idées reçues, en montrant que ces médicaments n’agiraient pas directement sur les zones cérébrales de l’attention.

🔍L’essentiel à retenir
🧠Peu d’action directe sur l’attention par la prise de psychostimulants
😴Des preuves d’une majoration des difficultés scolaires par le manque de sommeil
🏫Suivi infirmier à l’École : entre santé, rythmes et inclusion scolaire

Ces résultats invitent à repenser certains mécanismes à l’œuvre, mais aussi à interroger les pratiques professionnelles en milieu scolaire.
Quels enseignements en tirer pour l’école, et plus spécifiquement pour l’infirmière scolaire, dans l’accueil et l’accompagnement d’un élève avec TDAH ?

Le TDAH à l’école

Le TDAH est aujourd’hui reconnu comme un trouble fréquent du neurodéveloppement. En France, il concernerait environ 5 % des enfants et adolescents de moins de 18 ans. Cette estimation doit toutefois être mise en perspective avec un retard diagnostique encore important, avec un âge moyen autour de 9 à 10 ans. Les manifestations de ce trouble associent varient fortement d’une personne à l’autre. On retrouve le plus souvent des difficultés attentionnelles, une impulsivité marquée et une hyperactivité motrice ou mentale. Ces symptômes ont des répercussions directes sur les apprentissages, la vie scolaire au sens plus large, les relations sociales et l’estime de soi des élèves touchés.

Le traitement médicamenteux, en particulier le méthylphénidate, s’inscrit dans les recommandations de bonnes pratiques pour certains enfants présentant un TDAH. Il ne constitue cependant qu’un des éléments d’une prise en charge globale, associant suivi médical, accompagnement psycho-éducatif et adaptations de l’environnement. Dans ce cadre, l’école n’a pas de fonction thérapeutique au sens strict, mais elle constitue un environnement structurant, au sein duquel les effets du trouble et des traitements sont particulièrement perceptibles.

Le traitement médicamenteux

L’utilisation du méthylphénidate repose sur des décennies d’observations cliniques montrant une diminution de l’impulsivité et une amélioration du comportement scolaire chez de nombreux enfants. Jusqu’à récemment, ces effets étaient majoritairement interprétés comme le résultat d’une action directe sur les mécanismes cérébraux de l’attention. L’étude publiée dans Cell en décembre 2025 invite à nuancer cette interprétation.

Les chercheurs, sous la direction de l’équipe du neurologue Nico Dosenbach, se sont appuyés sur les données de la cohorte américaine ABCD, un vaste programme de recherche consacré au développement cérébral de l’enfant. Près de 5 800 enfants âgés de 8 à 11 ans ont été inclus, avec une analyse approfondie de données cliniques et d’imagerie cérébrale fonctionnelle. Une méthodologie qui semble apporter du crédit aux résultats présentés.

Le mécanisme mis en évidence

Contrairement aux hypothèses dominantes, l’étude ne met pas en évidence d’augmentation significative de l’activité dans les régions cérébrales classiquement associées au contrôle de l’attention. En revanche, les psychostimulants semblent agir sur d’autres circuits, notamment ceux impliqués dans la récompense et la régulation du sommeil. Ces réseaux cérébraux interviennent dans la motivation, la persistance à l’effort et l’organisation des rythmes biologiques.

Sur le plan fonctionnel, cela signifie que les médicaments ne rendraient pas plus attentif au sens strict. Ils faciliteraient plutôt la capacité à maintenir l’engagement dans des tâches peu motivantes ou répétitives, comme cela peut être observé dans certaines situations scolaires. Les chercheurs soulignent par ailleurs que les effets des psychostimulants sur les performances scolaires sont comparables à ceux observés chez des enfants bénéficiant d’un sommeil suffisant, ouvrant ainsi des pistes de réflexion sur les leviers d’accompagnement.

L’enjeu du sommeil

Le sommeil apparaît ainsi comme un déterminant majeur dans la compréhension des difficultés attentionnelles. Le manque de sommeil a des effets bien documentés sur les capacités cognitives, le comportement et la régulation émotionnelle des enfants, qu’ils présentent ou non un TDAH. L’étude montre que les bénéfices des psychostimulants sont également observés chez des enfants présentant une dette de sommeil par rapport aux recommandations, généralement fixées autour de 9 heures par nuit à cet âge.

Ces résultats ne permettent toutefois pas de réduire le TDAH à une simple conséquence d’un sommeil insuffisant. Les causes du trouble sont multiples et complexes, associant facteurs génétiques, neurobiologiques et environnementaux. Le sommeil constitue néanmoins un levier modifiable, sur lequel il est possible d’agir, y compris en milieu scolaire, par une attention portée aux rythmes, à la fatigue et aux conditions favorisant la récupération.

La place de l’infirmière scolaire

L’infirmière scolaire se situe à l’interface entre la santé, l’école et la famille. Elle est fréquemment sollicitée pour accueillir l’enfant et ses parents, recueillir des informations utiles concernant le diagnostic et le traitement, et expliciter le cadre scolaire, dans le respect du secret professionnel. Avec l’accord des responsables légaux, elle peut également assurer la continuité des échanges avec les partenaires de soins externes.

L’observation clinique et l’analyse des remontées de l’équipe éducative, sont aussi des compétences fondamentales de sa pratique. Le repérage des moments de fatigue, de désorganisation ou de surcharge cognitive permet de mieux comprendre certaines difficultés rencontrées en classe. La prise en compte des rythmes de sommeil, des effets secondaires éventuels du traitement et du contexte global de l’enfant contribue à une analyse plus fine de la situation, limitant les interprétations simplificatrices.

L’infirmière scolaire contribue également à la réflexion autour des aménagements adaptés, notamment dans le cadre des équipes éducatives ou des équipes de suivi de la scolarisation. Son expertise permet d’éclairer les besoins spécifiques de l’élève et de proposer des ajustements du cadre scolaire. Qu’il s’agisse de l’organisation des temps de pause, de l’environnement de travail ou de la gestion de la fatigue, elle partage son expertise, pour faire concorder les besoins de l’élève à la réalité de l’accueil scolaire aujourd’hui.

Elle intervient de manière déterminante dans la promotion d’une approche globale de la santé. L’éducation à la santé autour du sommeil, les messages de prévention adaptés à l’âge et au contexte, ainsi que la sensibilisation des équipes éducatives, participent à une école plus inclusive, attentive aux besoins des élèves avec TDAH et moins stigmatisante.

Un point de vue renouvelé ?

Les apports de cette étude invitent à dépasser une vision réductrice du médicament, parfois envisagé soit comme une solution miracle, soit comme une forme de dopage cognitif. Les psychostimulants apparaissent davantage comme un outil parmi d’autres, aux effets indirects, dont l’utilisation gagne à être comprise et accompagnée.

Ces résultats confortent par ailleurs la place du rôle infirmier en milieu scolaire. Par son expertise des déterminants de santé et sa position transversale, l’infirmière scolaire participe à l’articulation entre santé, apprentissages et bien-être. Son regard clinique apporte un éclairage précieux dans des situations complexes, où les enjeux dépassent largement la seule question de l’attention.

Les avancées récentes de la recherche rappellent que le TDAH ne peut être réduit à un simple problème d’attention, ni le traitement médicamenteux à une réponse unique. En mettant en lumière le rôle du sommeil et des circuits de la motivation, cette étude renforce l’intérêt d’une approche globale, attentive aux rythmes de l’enfant et à son environnement. Accueillir un élève avec TDAH consiste avant tout à comprendre ses besoins, sécuriser son parcours et contribuer, au quotidien, à un cadre scolaire plus favorable à sa réussite.


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