Les obligations de service de l’infirmière scolaire sont souvent perçues à travers un angle unique : celui de la présence auprès des élèves, de l’accueil à l’infirmerie et des soins immédiats. Pourtant, les textes réglementaires prévoient explicitement une part du temps de travail dédiée à des missions exercées hors présence des élèves, laissées à la responsabilité professionnelle de l’infirmière.
Ces « 10% », parfois méconnus ou mal compris, sont gages de qualité de suivi, de cohérence des actions de prévention et d’appui à la posture professionnelle. Que recouvrent-ils concrètement ? À quoi servent-ils ? Et en quoi participent-ils pleinement au service rendu aux élèves et à la communauté éducative ?
Un cadre réglementaire
La répartition du temps de travail de l’INFENES repose sur un cadre réglementaire clair, rappelé notamment par la note de service n°2006-187 publiée au BOEN du 30 novembre 2006, souvent assimilée à une fiche de poste de référence. Ce texte précise que 90% de la durée annuelle de travail sont effectués en présence des élèves ou des étudiants, tandis que les 10% restants sont consacrés à d’autres activités, exercées sous la responsabilité directe de l’infirmier ou de l’infirmière.
Pour un temps complet, cette quotité représente une moyenne de 4 heures 24 minutes par semaine. Il ne s’agit donc pas d’un temps marginal, mais bien d’un volume horaire identifié, intégré aux obligations de service annualisées, et pensé comme complémentaire du temps passé auprès des élèves.
La circulaire n°2002-007 du 21 janvier 2002 précise cette organisation en inscrivant les « 10% » dans le cadre des 1 586 heures annuelles de travail. Elle énumère, de manière non exhaustive, les activités concernées :
« – la participation aux instances et réunions diverses en dehors des horaires de travail définis dans le cadre du cycle considéré ; – la réalisation de bilans et rapports ; – les éventuelles interventions d’urgence des médecins et des personnels sociaux en dehors de l’horaire consacré aux élèves et aux étudiants ; – la documentation personnelle ainsi que la réalisation de travaux personnels à vocation professionnelle. »
Un point mérite d’être souligné : l’organisation de ce temps est laissée à l’initiative de l’agent. Il n’est pas soumis à un contrôle hiérarchique direct et ne donne lieu à aucune compensation en cas de dépassement. Son utilisation est toutefois retracée dans les bilans d’activité, individuels ou collectifs, ce qui en garantit la lisibilité institutionnelle.
« Ce temps m’est précieux, il me sert à appuyer le reste de mon travail et à gagner en qualité de présence. J’en profite pour préparer les convocations aux consultations de dépistage ou de suivi infirmier, m’occuper de la gestion administrative et des dossiers. Je l’utilise aussi pour travailler à la préparation d’actions collective et pour me documenter. »
Sophie, infirmière scolaire en poste inter-degrés
Loin d’être un temps détaché de la mission première de l’infirmière scolaire, les « 10% » s’inscrivent pleinement au service des élèves. Ils constituent un socle discret, mais indispensable, sur lequel repose une grande partie du travail réalisé en amont ou en aval de la présence à l’infirmerie ou dans les écoles du premier degré.
Un support pour l’exercice quotidien
Ce temps permet d’abord de consolider l’exercice quotidien par un travail préparatoire et administratif souvent invisible. Il est mobilisé pour préparer les convocations aux consultations de suivi infirmier, organiser les rendez-vous, actualiser les dossiers infirmiers et assurer la tenue rigoureuse des documents nécessaires au suivi des élèves. Il offre également l’occasion de mettre à jour les outils de transmission, d’affiner les écrits professionnels et de garantir la continuité de l’information, notamment dans les contextes de multi-sites ou de travail à plusieurs infirmières.
Un soutien aux actions de prévention
Les « 10% » constituent également un temps stratégique pour anticiper et structurer les actions de prévention. Ils permettent de concevoir des interventions adaptées aux besoins identifiés, de préparer des séances collectives, de rechercher des supports pertinents et d’actualiser ses connaissances. Ce travail en amont est essentiel pour inscrire les actions de prévention dans une démarche cohérente, contextualisée et conforme aux priorités de santé publique, tout en tenant compte des spécificités de l’établissement ou du secteur d’intervention.
Une autonomie professionnelle
La reconnaissance réglementaire des « 10% » traduit une confiance accordée à l’INFENES dans l’organisation de son travail. Cette autonomie n’est ni accessoire ni symbolique : elle est au cœur de l’exercice professionnel.
Le temps hors présence des élèves se distingue du temps d’accueil à l’infirmerie. Il peut offrir un espace sans interruption, propice à la réflexion et à l’analyse des situations rencontrées. Ce recul est indispensable pour comprendre des problématiques complexes, croiser les informations, ajuster les réponses et prévenir l’épuisement lié à une sollicitation constante. Il contribue directement à une meilleure qualité de présence lorsque l’infirmière est de nouveau au contact des élèves.
De plus, le travail accompli dans le cadre des « 10% » ne s’effectue pas nécessairement au sein même de l’infirmerie ou du centre médico-scolaire. Aucun texte réglementaire n’en fixe le lieu d’exercice, laissant à l’infirmière scolaire la possibilité d’organiser ce temps de manière souple et adaptée. Cette agilité constitue un atout pour ajuster ces heures aux contraintes du terrain et aux besoins réels de l’exercice professionnel.
« S’il y a besoin, et si j’estime que c’est nécessaire, je peux aussi participer à des réunions d’équipe éducative ou de suivi de scolarisation, à des horaires en fin de journée. À mes yeux, même regarder un documentaire sur une problématique adolescente m’apporte professionnellement : j’ai vraiment l’impression de nourrir mon exercice. C’est un temps qui n’est pas soumis à la pression de la présence et de l’accueil à l’infirmerie. »
Sophie, infirmière scolaire en poste inter-degrés
Cette autonomie s’exerce également au service du collectif. Lorsque la situation l’exige, l’infirmière scolaire participe à des réunions de l’EE, à des ESS ou à des instances comme le CESCE ou le CHS, qui peuvent se tenir en fin de journée. Ces participations renforcent l’articulation avec les équipes pédagogiques, éducatives et médico-sociales et contribuent à la cohérence des parcours des élèves, en particulier pour ceux présentant des besoins spécifiques.
La documentation professionnelle fait pleinement partie des activités prévues dans le cadre des « 10% ». La veille, les lectures spécialisées, la consultation de ressources institutionnelles ou scientifiques, voire le visionnage de documentaires en lien avec les problématiques adolescentes, sociales ou de santé publique, participent au développement des compétences. Elles nourrissent l’analyse clinique, affinent la posture professionnelle et renforcent la capacité de l’infirmière à proposer des réponses adaptées et argumentées.
Ce temps souvent qualifié d’invisible, se traduit pourtant de manière très concrète dans le quotidien de l’infirmerie. Un accompagnement plus ajusté, une écoute plus disponible, des actions de prévention mieux construites, sont autant de bénéfices directs issus de ce travail de fond. Investir les « 10% », c’est investir dans la qualité de la relation et dans la pertinence des interventions futures.
Le renforcement de la lisibilité dans les bilans d’activité
La valorisation de ces « 10% » passe par leur inscription explicite dans les bilans d’activité. Rendre compte de ce temps permet de donner à voir le travail réel, au-delà des situations d’urgence ou des passages à l’infirmerie.
Tracer les actions menées, qu’il s’agisse de préparation de suivis, de participation à des réunions, de conception d’actions de prévention ou de documentation professionnelle, contribue à une meilleure lisibilité pour l’institution. Cela participe également à une reconnaissance plus juste de l’engagement professionnel de l’infirmière scolaire et à une compréhension partagée de la richesse et de la complexité de ses missions.
Loin d’être un temps à part, les « 10% » constituent un levier essentiel de qualité, de cohérence et de soutien à la posture professionnelle de l’infirmière scolaire. En laissant à l’infirmière la responsabilité de leur organisation, les textes reconnaissent une autonomie indispensable à l’exercice d’un métier situé au croisement du soin, de l’éducation et de la prévention. Discret par nature, ce temps est pourtant fondamental pour renforcer l’efficacité des actions menées auprès des élèves et pour inscrire durablement l’infirmerie scolaire dans une dynamique de santé globale et réfléchie.
Abréviations utilisées dans cet article BOEN : bulletin officiel de l’Éducation nationale CESCE : comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement CHS : comité d’hygiène et de sécurité EE : équipe éducative ESS : équipe de suivi de scolarisation INFENES : infirmière de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur
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