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Une spécialité à part entière ?

L’infirmière de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur exerce un métier à la croisée des chemins entre la santé et l’éducation. Son rôle s’étend de la gestion des soins et des urgences, aux missions d’écoute et d’accompagnement des élèves, en passant par mais les actions prévention. Dans ce cadre, une question se pose : peut-on considérer cet exercice comme une spécialité à part entière ?

Une autonomie encadrée par l’institution

L’infirmière scolaire est placée sous l’autorité administrative du chef d’établissement, qui évalue sa manière de servir. Cependant, il est important de préciser que ce dernier n’est pas habilité à juger de ses compétences techniques. Le médecin scolaire et l’infirmière conseillère technique font aussi parti de l’institution. Ils ont un rôle de conseil auprès de l’administration, mais ne sont pas des supérieurs hiérarchiques directs de l’INFENES.

Elle agit dans le respect du rôle propre infirmier, des prescriptions médicales et des responsabilités inhérentes à son exercice. Tout en appartenant au cadre général de la profession infirmière, elle doit aussi répondre aux exigences spécifiques de l’exercice à l’Éducation nationale.

Des missions spécifiques au sein de l’Éducation nationale

L’infirmière scolaire intervient sur des aspects de la santé qui exigent une adaptation aux particularités du public scolaire. Par exemple, elle est habilitée à délivrer la contraception d’urgence sans prescription médicale, comme le prévoit l’article D5134-6 du Code de la Santé Publique. Elle doit aussi organiser les soins et la gestion des urgences au sein de l’établissement, en s’appuyant sur le protocole national défini dans le Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 6 janvier 2000. Ce texte précise notamment le matériel nécessaire à l’infirmerie et les médicaments autorisés dans la pharmacie de l’EPLE.

En parallèle, l’infirmière scolaire doit connaître et intégrer le fonctionnement des différentes instances spécifiques à l’Éducation nationale. Dans le second degré, le Groupe de Prévention du Décrochage Scolaire (GPDS) fait partie des dispositifs auxquels elle peut être associée. Dans le premier degré, le conseil d’école joue un rôle central dans l’organisation de la vie de l’école et peut concerner les interventions de santé.

Les missions de l’infirmière scolaire, telles que définies par la circulaire du 12 novembre 2015, sont multiples et variées. Elles requièrent des capacités d’adaptation et une forte autonomie. L’accueil et l’écoute des élèves constituent un volet essentiel de son activité, tout comme l’évaluation des situations de santé et la prise en charge des maux du quotidien. Elle est aussi amenée à gérer les urgences, à orienter les élèves vers d’autres professionnels de santé si nécessaire, et à assurer un suivi régulier, notamment lors des bilans de la douzième année. Elle joue également un rôle clé dans l’inclusion des élèves en situation de handicap et participe à la protection de l’enfance en signalant les situations préoccupantes. Enfin, elle contribue activement à l’éducation à la santé à travers des actions de prévention et des dispositifs comme le Comité d’Éducation à la Santé, à la Citoyenneté et à l’Environnement (CESCE).

Un rôle central auprès des élèves

L’infirmerie scolaire est souvent le premier lieu où un élève consulte un professionnel de santé de sa propre initiative. C’est un espace de confiance où la confidentialité est garantie par le secret professionnel. L’entretien infirmier, bien connu en santé mentale, ne se limite pas à une écoute bienveillante. Il repose sur des techniques spécifiques qui permettent une prise en charge globale de l’enfant ou de l’adolescent. L’infirmière adapte son approche en fonction de l’âge et du contexte, afin d’identifier les problématiques de santé et d’orienter l’élève vers le réseau local de soins si besoin.

Ce rôle d’accueil et d’accompagnement place l’infirmière scolaire au premier maillon de la chaîne de prise en charge des élèves. Sa mission ne se limite pas à intervenir en cas de problème médical immédiat ; elle contribue à prévenir les troubles de santé et à favoriser le bien-être des jeunes au sein de l’école.

Maîtriser le langage de l’Éducation nationale

L’Éducation nationale utilise de nombreux acronymes et sigles que l’infirmière scolaire doit impérativement maîtriser pour évoluer efficacement dans l’institution. Connaître le sens et le fonctionnement des PAI (Projet d’Accueil Individualisé), PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté), PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) ou encore du CESCE est essentiel pour interagir avec les équipes éducatives et administratives.

Pour aider les professionnels à mieux s’y retrouver, un glossaire de plus de 700 termes spécifiques à l’Éducation nationale a été conçu. Disponible en ligne au prix de 3,99 €, cet outil permet de naviguer plus aisément dans les rouages administratifs et de gagner en efficacité au quotidien.

L’infirmière scolaire occupe une place unique au sein de l’école. À la fois soignante, éducatrice et référente en santé, elle doit conjuguer autonomie et respect d’un cadre réglementaire strict. Finalement, sa véritable spécialité réside dans sa capacité à s’adapter en permanence aux besoins des élèves et aux enjeux propres au milieu scolaire.

Par Alexandre Faure-Maury

Infirmier de l'Éducation nationale depuis plus de 10 ans, sur divers types de postes et aujourd'hui en inter-degrés.