Une nouvelle forme galénique d’adrénaline en spray nasal, récemment autorisée dans certains pays européens. Elle pourrait à terme modifier la prise en charge du risque anaphylactique, en particulier dans le cadre scolaire, sous réserve de validation scientifique en conditions réelles.
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L’essentiel à retenir
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Ce spray nasal autorisé dans certains pays européens
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Une efficacité clinique encore débattue
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Un intérêt potentiel pour les PAI en milieu scolaire
Le risque anaphylactique
L’anaphylaxie est une réaction allergique aiguë, systémique et potentiellement mortelle, caractérisée par une chute de la pression artérielle, des troubles respiratoires et parfois un collapsus cardiovasculaire. En milieu scolaire, elle concerne principalement des allergies alimentaires, mais également des allergies aux venins d’hyménoptères ou à certains médicaments. La rapidité de reconnaissance des signes et l’administration immédiate d’adrénaline conditionnent le pronostic.
Notre blog a déjà consacré un article détaillé à la conduite à tenir face au risque anaphylactique, rappelant les mécanismes physiopathologiques, les signes d’alerte et les protocoles d’urgence.
Cette évolution de la forme médicamenteuse serait susceptible de modifier les modalités pratiques de prise en charge de l’urgence dans le cadre des PAI, comme cela se passe déjà pour la crise d’hypoglycémie chez un élève diabétique.
Comment se fournir en stylo autoinjecteur ? En tant qu’infirmière diplômée d’état, vous avez la possibilité de prescrire l’adrénaline injectable pour permettre à votre EPLE d’être doté de ce matériel d’urgence. C’est l’arrêté du 23 décembre 2013 qui le prévoit, fixant la liste des médicaments prévue au dernier alinéa de l’article R. 5132-6 du code de la santé publique que les pharmaciens délivrent sur commande à usage professionnel d’un infirmier.
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Le financement de cet achat relève de la responsabilité du chef d’établissement.
Le mécanisme du spray nasal
Jusqu’à présent, l’épinéphrine, traitement de première intention de l’anaphylaxie, est administrée par voie intramusculaire, dans la partie antérieure et externe de la cuisse. Les auto-injecteurs tels que EpiPen®, Jext® ou Anapen® ont depuis longtemps démontré leur efficacité. Mais leur utilisation reste imparfaite, en raison de difficultés techniques, d’erreurs de manipulation, et surtout d’une appréhension liée à l’injection.
La nouvelle forme par voie intranasale récemment développée, commercialisée sous le nom d’EURneffy® en Europe et de Neffy® aux États-Unis, repose sur une absorption rapide de l’adrénaline à travers la muqueuse nasale. Chaque dispositif délivre une dose unique complète après activation, sans nécessité de préparation préalable. Les données pharmacocinétiques issues d’études menées chez plus de 700 volontaires sains, montrent des concentrations plasmatiques comparables, voire supérieures, à celles obtenues avec certaines formes injectables.
Des interrogations ont toutefois été formulées par plusieurs équipes d’allergologues, notamment publiées dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology. Les critiques portent sur l’extrapolation de données obtenues chez des sujets sains à des patients en situation d’anaphylaxie réelle, où les paramètres hémodynamiques sont profondément modifiés. Les auteurs soulignent également l’absence d’essais contrôlés randomisés en situation d’urgence, comparant directement voies intranasale et intramusculaire, ces études étant jugées difficiles à conduire, et contraires à l’éthique.
D’autres experts estiment au contraire que l’efficacité clinique de l’adrénaline intramusculaire elle-même n’a jamais reposé sur de tels essais en situation aiguë, et que la variabilité pharmacocinétique des auto-injecteurs existants est déjà importante. Ils rappellent que l’enjeu majeur reste l’administration rapide du traitement : une adrénaline administrée sans délai, même par une voie alternative, pourrait s’avérer plus déterminante qu’une voie théoriquement optimale mais retardée.
L’efficacité en conditions réelles devra néanmoins être confirmée par des études sur son usage après la commercialisation, notamment chez les jeunes enfants et dans leurs lieux de vie, comme l’école.
Les perspectives en France
L’adrénaline intranasale a été homologuée aux États-Unis par la Food and Drug Administration et au Royaume-Uni par la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency en juillet 2025. L’Agence européenne des médicaments a soutenu son autorisation au niveau européen, reconnaissant l’intérêt d’une alternative sans aiguille, notamment pour les patients ou entourages réticents à l’injection.
En France, la mise à disposition n’est pas encore programmée. Les démarches industrielles et réglementaires sont en cours, et aucune date précise de commercialisation n’est annoncée à ce stade. Au regard des autorisations déjà obtenues dans d’autres pays européens, une disponibilité dans les prochains mois ou années apparaît plausible. Il conviendra alors d’attendre les décisions relatives au remboursement, aux conditions de prescription et à l’intégration dans les recommandations des autorités de santé.
Le rôle de l’infirmière scolaire
Quelle que soit la forme galénique disponible, la prise en charge du risque anaphylactique en milieu scolaire repose d’abord sur l’anticipation. Tout élève présentant un risque allergique sévère doit pouvoir bénéficier d’un PAI clairement formalisé, actualisé et partagé avec l’ensemble de la communauté éducative. Le protocole doit préciser les signes d’alerte, les modalités d’administration de l’adrénaline et la conduite à tenir après injection ou pulvérisation.
L’infirmière scolaire a une place importante dans l’élaboration et le suivi du PAI et la vérification de la disponibilité des trousses d’urgence. Mais c’est aussi par la sensibilisation des équipe qu’elle apporte son expertise. Expliquer aux enseignants, personnels de vie scolaire et agents territoriaux, la reconnaissance précoce des symptômes et la maîtrise du geste, permet souvent de lever des appréhensions.
Si le spray nasal d’adrénaline venait à être intégré aux PAI, il ne modifierait pas la logique d’intervention mais pourrait simplifier l’acte d’administration pour certains adultes non soignants. Il ne saurait cependant dispenser d’une formation régulière, ni d’un rappel constant que l’adrénaline doit être administrée sans délai face à une crise identifiée.
À ce stade, la prudence scientifique reste de mise. Mais l’émergence d’une alternative sans aiguille ouvre une perspective concrète d’amélioration de l’adhésion au traitement d’urgence. Pour les équipes éducatives comme pour les familles, la question n’est pas tant celle de la voie d’administration que celle de la capacité collective à agir vite, de manière coordonnée et sécurisée.
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Abréviations utilisées dans cet article EPLE : établissement public local d’enseignement INFENES : infirmière de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur PAI : projet d’accueil individualisé
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