Les premiers résultats d’une vaste enquête nationale menée à la rentrée 2025 dressent un constat préoccupant : près de la moitié des élèves de sixième ne parviennent pas à courir plus de cinq minutes. Réalisée à grande échelle par le ministère de l’Éducation nationale, cette étude préliminaire met en évidence une fragilité importante des capacités physiques des adolescents, en particulier dans le domaine de l’endurance.
| 🔍 | L’essentiel à retenir |
|---|---|
| 📊 | Une évaluation nationale de grande ampleur |
| 🏃 | Endurance très faible chez les collégiens |
| ⚧️ | Des écarts marqués entre filles et garçons |
| 🏠 | Des inégalités sociales de condition physique |
| 🩺 | Prévention de la sédentarité par l’infirmière scolaire |
Une évaluation nationale des aptitudes physiques
Cette étude constitue la première évaluation d’une telle ampleur concernant les aptitudes physiques des élèves entrant au collège. En septembre 2025, près de 267 000 élèves de sixième ont été testés dans plus de 2 800 établissements volontaires du secteur public et du secteur privé sous contrat, soit environ un tiers des élèves concernés et près de 40 % des collèges. L’objectif de ce dispositif est de disposer d’indicateurs standardisés permettant aux équipes pédagogiques de mieux connaître le niveau physique des élèves et d’adapter les pratiques d’enseignement en éducation physique et sportive.
Trois dimensions ont été évaluées : l’endurance, la vitesse et la force musculaire. L’endurance a été mesurée à partir du test dit « Luc Léger », qui consiste à effectuer des allers-retours sur une distance de vingt mètres à une allure progressivement croissante jusqu’à l’épuisement. La vitesse a été évaluée à partir d’un sprint de trente mètres, tandis que la force musculaire a été mesurée par un saut en longueur sans élan.
Ces évaluations s’inscrivent dans une politique plus large de promotion de l’activité physique chez les jeunes, dans un contexte marqué par l’augmentation de la sédentarité des adolescents. Elles doivent également permettre de suivre l’évolution du niveau physique des élèves au cours de leur scolarité.
Toutefois, cette mesure n’a pas fait l’unanimité. Des enseignants d’EPS, par la voie de syndicats, ont exprimé des réserves, estimant que ces tests traduisent une approche trop utilitaire de la discipline et qu’ils ne répondent pas aux difficultés structurelles rencontrées par l’enseignement de l’EPS, notamment en matière de moyens humains et matériels.
Des résultats préoccupants
Les premiers résultats publiés par le Ministère mettent en évidence des difficultés importantes, en particulier dans le domaine de l’endurance. Seuls un peu plus d’un tiers des élèves atteignent un niveau jugé satisfaisant. Dans les conditions du test, plus de 130 000 élèves évalués se sont arrêtés avant cinq minutes de course, et près de deux sur dix ont interrompu l’épreuve avant trois minutes.
Les performances observées sont légèrement meilleures pour les autres dimensions évaluées, mais demeurent néanmoins préoccupantes. Moins de la moitié des élèves présentent un niveau satisfaisant en force musculaire, tandis qu’un peu plus de la moitié seulement atteignent le niveau attendu au test de vitesse.
L’enquête met également en évidence des inégalités marquées. Les garçons obtiennent globalement de meilleurs résultats que les filles, notamment en endurance, où l’écart est particulièrement important. Les différences sociales apparaissent également significatives : les élèves scolarisés dans les établissements les plus favorisés présentent des niveaux de maîtrise nettement supérieurs à ceux observés dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire.
« La part d’élèves avec une maîtrise satisfaisante s’établit à 25,3 % pour les élèves issus des établissements les moins favorisés (groupe d’IPS 1) contre 43,4 % pour ceux issus des établissements les plus favorisés (groupe d’IPS 5), soit un écart de 18,1 points. »
Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)
Ces résultats constituent ainsi une photographie préoccupante de la condition physique des élèves à l’entrée au collège, dans un contexte où la majorité des adolescents ne pratique pas l’activité physique quotidienne recommandée par les autorités de santé.
Le dépistage infirmier et la prévention de la sédentarité
Ces constats rejoignent les observations réalisées au sein des établissements scolaires par les professionnels de santé. L’infirmière de l’Éducation nationale joue a toute sa place dans la prévention des comportements sédentaires et dans la promotion de comportements favorables à la santé.
Le dépistage infirmier obligatoire réalisé au cours de la douzième année de l’enfant constitue à cet égard un moment privilégié. Cette consultation permet d’établir un état des lieux global de la santé des élèves : habitudes de vie, sommeil, alimentation, activité physique, mais aussi perception de leur bien-être et de leur condition physique. Elle offre également l’occasion d’identifier précocement certaines difficultés et d’orienter, si nécessaire, vers une prise en charge adaptée.
Au-delà de cette approche individuelle, l’infirmière scolaire contribue à la réflexion collective sur les actions de prévention à mener dans l’établissement, en lien avec les équipes éducatives.
L’éducation à la santé et l’activité physique
La promotion de l’activité physique s’inscrit plus largement dans les missions d’éducation à la santé conduites au sein des établissements scolaires. Les interventions collectives menées en classe ou dans le cadre de projets d’établissement doivent être articulées avec les besoins spécifiques du territoire et les caractéristiques propres au public accueilli.
Cette démarche suppose une coordination étroite entre les différents acteurs de la communauté éducative afin de garantir la cohérence des actions menées. Elle s’inscrit dans le cadre du parcours éducatif de santé, qui vise à accompagner les élèves dans l’acquisition de compétences favorables à leur santé tout au long de leur scolarité.
La circulaire relative aux missions des infirmiers de l’Éducation nationale rappelle d’ailleurs explicitement ce rôle :
« Dans le cadre de l’organisation du parcours éducatif de santé, en application du code de l’éducation, l’infirmier-ière conseille le directeur d’école ou le chef d’établissement. Il apporte ainsi l’expertise nécessaire sur les différents sujets qui touchent la santé des élèves : éducation nutritionnelle, activité physique […]. ».
Une école promotrice de santé
Les résultats de cette évaluation nationale rappellent l’importance de considérer l’école comme un lieu privilégié de promotion de la santé. En favorisant l’activité physique, en développant l’éducation à la santé et en mobilisant l’ensemble de la communauté éducative, les établissements scolaires peuvent contribuer à lutter contre la sédentarité et à améliorer durablement la santé des jeunes.
Cette approche s’inscrit dans la stratégie d’école promotrice de santé portée par le ministère de l’Éducation nationale, qui vise à intégrer pleinement les enjeux de santé dans le fonctionnement et les projets des établissements scolaires. Reste à voir comment les actrices et acteurs de terrain pourront se saisir de ce cadre d’intervention dans le quotidien des établissement scolaires.
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