Près d’une adolescente sur deux renonce à la pratique sportive. Une étude menée par Kantar pour la MGEN met en lumière des freins spécifiques rencontrés par les jeunes filles : méconnaissance du corps féminin, pressions sociales, contraintes organisationnelles et survalorisation de la compétition. À l’échelle de l’établissement scolaire, l’infirmerie constitue un espace d’écoute, de prévention et d’adaptation, au croisement de la santé, de l’égalité et du bien-être.
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L’essentiel à retenir
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Éducation : comprendre le corps et le cycle pour mieux pratiquer
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Prévention : repérer le mal-être et les obstacles au sport
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Protection : adapter l’environnement et l’organisation pour soutenir les adolescentes
Décrochage sportif massif chez les adolescentes
Le constat chiffré
L’enquête conduite par Kantar pour la MGEN dresse un état des lieux préoccupant de la pratique sportive des adolescentes. Près d’une sur deux déclare avoir abandonné une activité physique par contrainte. Les changements corporels liés à l’adolescence sont cités par 63 % des jeunes filles comme un facteur rendant le sport moins agréable, tandis que 55 % identifient les règles comme un frein direct à la pratique. Plus d’une adolescente sur deux estime également que l’encadrement sportif ne répond pas à ses besoins spécifiques, soulignant un décalage persistant entre les attentes des jeunes filles et l’organisation des activités sportives.
Un fort attachement au sport
Ces données ne traduisent pas un désintérêt pour l’activité physique. L’étude montre au contraire que de nombreuses adolescentes expriment le souhait de poursuivre une pratique sportive, à condition que les modalités soient adaptées à leur réalité. Le potentiel de reprise apparaît important lorsque les contraintes diminuent et que les conditions deviennent plus favorables. À cet âge clé du développement, l’enjeu dépasse la seule pratique sportive : il concerne la santé globale, la prévention à long terme et l’égalité d’accès aux ressources favorables au bien-être.
Les enjeux de la puberté
Un premier point de rupture
La puberté semble constituer une étape décisive dans le décrochage sportif. Les adolescentes décrivent un corps en transformation, marqué par une fatigue fluctuante, des douleurs et des sensations parfois difficiles à anticiper. Ces réalités physiologiques se heurtent à des exigences sportives construites sur l’idée d’un corps constant et de performances linéaires. Les témoignages recueillis dans l’étude traduisent un sentiment d’incompréhension et une difficulté à trouver leur place dans des pratiques peu ajustées à ces variations.
Le regard de l’infirmière scolaire
Au quotidien, l’infirmerie accueille ces réalités corporelles. Les consultations pour dysménorrhée, épuisement ou mal-être sont fréquentes, et s’accompagnent parfois de demandes d’aménagements de l’EPS. Les adolescentes interrogent la normalité de leur corps, de leur endurance ou de leurs performances, dans un contexte où la comparaison et l’évaluation sont permanentes. L’infirmerie devient alors un lieu de clarification, d’apaisement et de mise en mots.
Des réponses adaptées
À l’échelle de l’établissement, des leviers existent. L’information sur le cycle menstruel et ses évolutions, qu’elle soit individuelle ou intégrée aux actions d’EVARS, permet de mieux comprendre le fonctionnement du corps. L’INFENES peut également appuyer des adaptations pédagogiques temporaires, en lien avec l’équipe éducative, et contribuer à promouvoir une approche plus physiologique de l’activité physique. La prévention du harcèlement scolaire, notamment à travers la MPP inscrite dans le programme pHARe, constitue un autre axe d’action lorsque les difficultés dépassent le seul cadre corporel.
Le poids des pressions sociales et du regard des autres
Un climat de tension ?
La pratique sportive expose les adolescentes à un regard social particulièrement pesant. Selon l’étude Kantar pour la MGEN, 42 % déclarent avoir déjà subi des comportements déplacés, tels que des moqueries, du harcèlement ou des propos sexistes. Plus de six jeunes filles sur dix se sentent jugées lorsqu’elles font du sport, et nombre d’entre elles expriment un malaise face à des tenues imposées, perçues comme inconfortables ou sexualisées.
Une source d’anxiété ?
Dans ce contexte, le sport peut perdre sa dimension d’épanouissement pour devenir un facteur de stress. La peur du regard, la perte de confiance et les stratégies d’évitement s’installent progressivement. Cela peut se traduire par un absentéisme en EPS, un retrait des activités collectives, ou un arrêt complet des clubs sportifs. Ces signaux, parfois faibles, méritent une attention particulière au sein de l’EPLE.
Et à l’infirmerie ?
L’accueil que propose l’INFENES offre un cadre sécurisant pour accueillir la parole des élèves confrontées à ces difficultés. Il permet de repérer les facteurs de risques, et les situations de mal-être, de harcèlement ou de sexisme. L’infirmière oriente vers les dispositifs adaptés et travaille en lien étroit avec les familles, la vie scolaire, les enseignants : l’équipe éducative au sens large. Ce travail en réseau contribue à une prise en charge plus cohérente et plus protectrice.
Le poids des contraintes matérielles
Une accessibilité inégale au sport
L’étude met également en évidence des freins structurels importants. Un tiers des adolescentes ne dispose pas de clubs féminins à proximité de leur domicile. Les coûts liés aux inscriptions, aux équipements ou aux déplacements constituent un obstacle pour plus de la moitié d’entre elles. Les contraintes scolaires pèsent également, puisque 57 % estiment que leur emploi du temps ne leur permet pas de pratiquer régulièrement une activité sportive.
Un décalage avec l’offre sportive
Les formats proposés s’avèrent souvent peu compatibles avec les rythmes adolescents. Les entraînements tardifs, les trajets longs et les exigences continues rendent la pratique difficile à maintenir. La reprise ou le début tardif d’une activité peut apparaître intimidant, notamment lorsque la performance demeure le principal critère de reconnaissance.
Une réflexion collective
Dans ce contexte, l’infirmière scolaire peut porter une réflexion transversale sur les effets de la surcharge et de la fatigue. Sa participation aux échanges autour des emplois du temps et des rythmes devrait normalement contribuer à une meilleure prise en compte des besoins des élèves. Elle peut également valoriser une pratique régulière, compatible avec la santé, plutôt qu’une logique strictement performative.
Le dépassement du modèle unique de la compétition
En finir avec le culte de la performance
La domination du modèle compétitif constitue un facteur de décrochage supplémentaire. La peur de régresser, d’être évaluée en permanence ou d’être mise de côté en cas de baisse de niveau alimente un sentiment d’exclusion. En l’absence d’alternatives plus souples, certaines adolescentes préfèrent renoncer plutôt que de subir cette pression.
L’étude souligne pourtant que le sport reste fortement associé, pour les jeunes filles, à la santé et à l’estime de soi. Des pratiques plus progressives, inclusives et respectueuses des rythmes apparaissent comme des leviers pour maintenir l’engagement. Repenser la relation au sport, c’est aussi reconnaître sa fonction de ressource et non uniquement de performance.
Un soutien à l’infirmerie
L’infirmerie scolaire peut accompagner cette évolution en diffusant des messages de prévention alignés avec les réalités vécues par les élèves, notamment à travers le développement des CPS. Elle relaie les besoins exprimés et soutient les projets favorisant l’égalité filles-garçons, en lien avec l’ensemble de la communauté éducative. Elle apporte son expertise au déploiement du PES dans le cadre des actions du CESCE.
Le sport comme enjeu scolaire de santé et d’égalité
L’étude Kantar pour la MGEN met en évidence un décrochage sportif qui ne relève ni d’une fatalité ni d’un désintérêt des adolescentes, mais de conditions de pratique inadaptées. À l’échelle de l’établissement scolaire, l’infirmière contribue à rendre visibles ces freins, à accompagner les jeunes filles dans leur vécu corporel et à nourrir une réflexion collective sur des pratiques sportives plus respectueuses de la santé, des rythmes et des parcours. Un levier concret pour prévenir les inégalités et soutenir durablement le bien-être des élèves.
Abréviations utilisées dans cet article CESCE : comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement CPS : compétences psycho-sociales EPLE : établissement public local d’enseignement EPS : éducation physique et sportive EVARS : éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité INFENES : infirmière de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur MPP : méthode de préoccupation partagée PES : parcours éducatif de santé pHARe : programme d’actions pour lutter contre le harcèlement et l’intimidation à l’École
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